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turrettini: abstract
Bergier renseigne JA sur les derniers développements de l'affaire du <I>Consensus</I>. Les députés bernois [Johann Anton et Johann Rudolf Tillier] arrivèrent dimanche passé et le lendemain le banneret [Johann Anton] Tillier fit venir Bergier au château; il s'entretint pendant deux heures et plus, le but de la visite étant de savoir quelle était la disposition des esprits touchant la députation. Après avoir manifesté tout son respect et sa soumission à l'égard des autorités bernoises, Bergier affirma qu'il ne signerait jamais le <I>Consensus </I>si cette signature signifiait la reconnaissance d'une telle doctrine comme étant la véritable; il ajouta qu'il considérait plusieurs articles de ce formulaire comme dénués de fondement scripturaire ou manifestement contraires aux enseignements bibliques. C'est pourquoi une signature qui équivaudrait à une reconnaissance de vérité doctrinale serait une fausse déclaration, qui porterait offense aux autorités. Il termina en disant qu'il ne pourrait jamais s'engager à enseigner les doctrines du <I>Consensus</I>, ne les croyant pas conformes à la Parole de Dieu; mais, pour obéir au souverain, il s'engagerait formellement à ne jamais combattre ces doctrines et à ne pas enseigner celles qui y sont condamnées; cet engagement serait d'autant plus facile que, de l'aveu même de ceux qui les ont composées, les doctrines du <I>Consensus </I>ne sont pas essentielles. Tillier répondit que les autorités bernoises étaient des princes pieux qui jamais ne gêneraient les consciences, Dieu seul pouvant prescrire des lois à celles-ci. En tant que protestants, ils reconnaissent pour règle de la foi la seule Écriture et ont autorisé la <I>Confession helvétique</I> seulement parce qu'ils l'ont estimée conforme à la Bible. En adoptant le <I>Consensus</I>, ils n'ont pas voulu déroger au principe fondamental du protestantisme; il n'est, dans leurs intentions, qu'un formulaire pour prévenir les troubles et les divisions dans l'Église, comme le prouve, entre autres, le mémoire du clergé de Berne approuvé par LL.EE. Il ajouta qu'on n'avait jamais inquiété aucun ministre pour ne pas avoir enseigné les doctrines du <I>Consensus </I>et donna comme exemple le cas de Sprünglin, qui avait déclaré haut et fort son universalisme sans devenir pour autant l'objet de tracasseries. Après avoir souligné qu'une éventuelle signature de sa part ne concernerait pas seulement sa personne mais aussi son ministère, il s'en alla, Tillier l'ayant prié de bien réfléchir à leur conversation. Le jour suivant, il retourna chez le banneret et y trouva [Jean-Pierre] de Crousaz; il communiqua à Tillier le fruit de ses réflexions, à savoir qu'en tant que simple individu, il pouvait signer en conscience le <I>Consensus </I>selon l'intention des autorités bernoises telle que le banneret la lui avait communiquée; mais en tant que pasteur de Lausanne il se devait d'avoir à cœur l'édification du troupeau et de mettre par conséquent son honneur et sa réputation à couvert. Il demanda donc que les autorités emploient des moyens suffisants pour cela et obtint sur cela l'assurance du banneret. De Crousaz intervint en disant que les choses étant ainsi, ils pourraient signer sans scrupule, à quoi Bergier ne répondit guère. Le jour suivant, Bergier rencontra le sénateur [Johann Rodolf] Tillier en présence de [Marc-Benjamin Rosset] de Rochefort, le premier tenant exactement le même discours que le banneret. Il ajouta néanmoins trois points: 1) la requête des professeurs lausannois a été lue en Sénat, approuvée et jugée très respectueuse 2) LL.EE. prendront toutes les mesures nécessaires pour mettre à couvert l'honneur des professeurs et imposeront le silence aux calomniateurs 3) la supplication des ministres intolérants est une pièce misérable, dénuée de toute charité. Après ce discours, Bergier se retira, satisfait des propos h"onnêtes qu'il avait entendus. Le vendredi suivant les professeurs se mirent d'accord pour signer, estimant avoir reçu toutes les assurances requises d'hommes qui étaient des députés officiels et sur la parole desquels on pouvait donc compter; on exigerait seulement que leurs intentions et l'esprit dans lequel ils signeraient le <I>Consensus </I>soient connus avant l'acte officiel. Le banneret Tillier prit la parole et réitéra ce qu'il avait déjà dit auparavant, à savoir qu'en exigeant la signature du <I>Consensus </I>les autorités bernoises ne voulaient pas l'imposer comme règle de foi mais comme formulaire qu'on ne devait pas attaquer. Après avoir répété que la signature n'impliquait pas de croire aux doctrines du <I>Consensus </I>ni de les enseigner, ils signèrent tous, à savoir les professeurs et les régents qui étaient pasteurs. Les professeurs s'engagèrent à faire parvenir aux autorités un document bref et clair spécifiant les mesures souhaitées pour mettre leur honneur à couvert. N'ayant pas pu trouver un accord sur ces moyens, ils allèrent au prèche du matin, qui était assuré par [Louis-César] de Saussure; celui-ci dit expréssement que LL.EE., comme princes protestants, n'exigeraient rien des signataires qui soit contraire aux principes de la Réforme d'après lesquels la Parole de Dieu est la seule règle de la foi. Pour ce qui est du <I>Serment d'association</I>, le banneret dit que les termes français du serment n'exprimaient pas exactement le sens des mots allemands et que là où on avait traduit "supporter" il fallait lire "protéger." Voici l'état des choses; il faut obéir au souverain quand on le peut en bonne conscience et tel a été le cas, puisqu'on a clairement déclaré que la signature ne signifiait nullement un engagement à enseigner les doctrines du <I>Consensus</I>. Et Bergier peut assurer JA qu'il se sent en paix avec sa conscience et content d'avoir pu éviter l'éclatement d'un scandale; à cela il faut ajouter que les déclarations que les députés ont faites sur les intentions de LL.EE. ont été prononcées à plusieurs reprises devant tout le monde. Bergier veut savoir de JA ce qu'il répondrait à ceux qui lui diraient que l'arrêt de réunion entre les protestants de l'Empire n'empêche pas que chaque Église ne retienne ses livres symboliques. Si cela peut se faire dans l'Empire, pourquoi pas en Suisse?
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1722-05-16T00:00:00.000Z
turrettini: comment
La lettre relate la deuxième visite à l'Académie de Lausanne des députés bernois; on sait que ceux-ci arrivèrent dans la ville vaudoise le dimanche 10.05.1722 et que le <I>Consensus </I>fut signé le vendredi 15 [voir Barnaud, <I>Mémoires</I>, p.221ss]. Le récit de Bergier s'arrête à l'épisode de la signature, sans faire état par exemple du mémoire présenté, dans l'après-dîner du 15 même, par le recteur de Crousaz, mémoire qui devait susciter le lendemain de nouvelles tensions avec les députés [voir Barnaud, <I>Mémoires</I>, p.243s]. Sans pouvoir dire si ces silences relèvent de raison chronologiques ou d'un choix délibéré, nous proposons de dater la lettre d'avant le dimanche 17 mai, en raison du fait que Bergier se réfère au dimanche précédent, le 10, comme au "dimanche passé", ce qui implique qu'il écrive avant la fin de la semaine.
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